L'Eloge de la Faiblesse d'Alexandre Jollien

January 29, 2018

L'Eloge de la faiblesse ? Quel drôle de titre... A l'heure où la performance est le maître-mot dans nos vies professionnelles MAIS AUSSI privées. Comment peut-on valoriser pareil défaut ? C'est ce qui ce qui m'a intrigué quand mon regard s'est posé sur cet ouvrage outrecuidant. C'est aussi pour cette raison que je l'ai lu. Ce qui m'a valu une belle leçon d'humilité.

La rédaction de THE SIGHT a tenu à partager avec vous ce coup de coeur littéraire ou plutôt humain, car si l'Eloge de la faiblesse n'a aucune prétention stylistique, elle nous donne en revanche un enseignement philosophique précieux.

 

 

 

 

Un témoignage précieux sur le handicap

 

En effet, ce livre de seulement 95 pages fait preuve d'une grande sagesse tout en se montrant impertinent. De façon laconique et originale, son auteur, Alexandre Jollien, philosophe de formation, détruit certains des socles sur lesquels notre société actuelle est bâtie et nous donne à réfléchir sur notre regard sur le handicap... 

 

L'extrait suivant résume bien l'esprit de cet ouvrage : "Je ne prétends aucunement exposer une théorie finement échafaudée, mais simplement témoigner d'impressions multiples éprouvées dans un contexte précis." Le contexte dont il parle est celui de l'institution pour personnes handicapées moteur cérébral dans lequel il a grandi. 

 

A propos du style, Jollien nous prévient en avant-propos : "Je ne peux pas écrire à la main. J'ai donc dicté ce texte à un ordinateur qui a transcrit ma parole, d'où un style parfois proche de la langue parlée. Quant au choix de la discussion socratique, il reflète fidèlement la manière dont j'ai connu la philosophie. En effet, pour parer aux difficultés quotidiennes, je lisais les philosophes, qui devenaient pour moi des interlocuteurs privilégiés. Parmi eux, Socrate a joué un rôle décisif."

 

 

 

 

 

On y était allergique au lycée. On a pas retenu grand chose de la philo et de ses des grandes démonstrations... Pourtant, quand on lit ces mots, tout prend sens et on aurait presque envie de se replonger dans ses cahiers d'école. Car, à voir où ce questionnement, ce mode de pensée a mené Alexandre Jollien, on se dit que finalement, on aurait mieux fait d'écouter en cours. En effet, l'auteur, fait preuve d'un courage et d'un parcours de vie exemplaires. Infirme moteur cérébral, il n'était pas destiné à étudier la philosophie à l'université et à exceller dans ce domaine. 

 

Dans L'Eloge de la faiblesse, il use de dialogues entre lui-même et Socrate, le maïeuticien, pour relater sa jeunesse et réitérer son refus de toute commisération. Cela dit, l'expérience narré est un témoignage infiniment précieux pour l'entourage des personnes en situation de handicap puisqu'il nous livre un ressenti édifiant face à des éducateurs savants mais froids, l'échec de l'immersion de groupes handicapés. Enfin, il recommande l'intégration.     

 

Vers un cheminement philosophique universel

 

Au-delà du handicap, il nous révèle des secrets feel good inspirés de ses guides spirituels comme Nietzsche ou Pascal. En outre, il jette un oeil audacieux sur la normalité puis la peur d'être authentique, d'assumer nos différences. Il nous rappelle aussi que peu de personnes font délibérément preuve de méchanceté mais que les actes mauvais sont souvent le fruit de l'ignorance. Il nous raconte son expérience de l'échec, ses bénéfices, de la liberté, fragile, dont chacun dispose mais aussi, de la solitude. Il discoure sur la valeur de l'amitié ou encore sur la dépendance affective dont il s'est rendu compte et dont il a souffert à sa sortie du centre.

 

 

 

 

Personnellement, le passage sur la dépendance affective m'a fait penser à notre rapport aux réseaux sociaux. En effet, il fait référence à la théorie de Sartre selon laquelle le regard de l'autre est un moyen de se valoriser et nous explique que la peur d'être repoussé par ceux dont nous dépendons est un poison dangereux. "Dès lors que l'autre me valorise, je vais tout mettre en oeuvre pour lui plaire, pour recevoir au goutte-à-goutte son amitié, son approbation." Personnellement, cette idée m'évoque des amitiés toxiques mais aussi les "like" dont notre ego et notre humeur dépendent bien trop souvent. 


Alexandre Jollien témoigne également des méfaits de la pitié et des regards condescendants que tous, nous posons parfois sur des personnes handicapées dans leur quotidien. Il nous renvoie nos sourires maladroits en pleine figure ; "Je pense que le mépris est tonique, comme disait Balzac... En revanche, la pitié, par sa fadeur, anesthésie." Il fait dire à Socrate : "La bonne conscience ne suffit pas."

 

 

Convivial, impertinent, concis, L'Eloge de la faiblesse peut et doit passer dans toutes les mains !

 

"Si ce livre pouvait faire à son tour éclore quelques vocations, inviter le lecteur à entrer en lui-même et découvrir ses profondes aspirations et sa quête véritable, il contribuerait joyeusement à donner sens aux épisodes parfois douloureux qui jalonnent ce modeste dialogue, petit manuel d'un progressant qui a pour guide la joie."

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Avoir la vue, ou "The Sight", c'est voir la vie avec un regard peu ordinaire...
 

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