Dans ma bibliothèque #8: Rencontre avec C. Kueva à l'origine du livre: "Les Porteurs"

May 5, 2017

L'année 2017 est un vivier de nouveaux talents. Et C. Kueva ne déroge pas à la règle. Avant-hier matin, comme je le fais désormais de façon quasi quotidienne, je me suis rendu chez mon libraire préféré dans l'espoir de trouver de nouvelles perles. Après presque 1h passée à farfouiller dans les rayons, mon regard se pose sur un livre bleu et rouge sur fond noir, sur lequel le profil d'un homme et d'une femme se superposent. Intrigué, je me saisis du livre, lis la quatrième de couverture, et finis sans aucun remords à l'ajouter à mon panier. Je ne savais pas encore à ce moment précis que j'étais tombé sur un livre qui deviendrait un de mes coups de cœur.

 

 

Moins de 24h plus tard, je repose le livre, quasi à bout de souffle, priant je ne sais quelle divinité pour que la suite paraisse rapidement. C'est à ce moment là que j'ai une idée: Pourquoi ne pas essayer de rentrer en contact avec l'auteur et décrocher un petite interview pour faire découvrir ce livre au plus grand nombre. C'est désormais chose faite, et je vous raconte ça ! Alors on prend une tasse de je ne sais quel breuvage, on s’assoit confortablement, car vous allez faire la connaissance de C. Kueva, un talent à suivre.

 

Synopsis:

 

Dans un monde dystopique où tous naissent hermaphrodites, il faut attendre ses 16 ans pour choisir son identité. 16 années pour trouver qui l'on est/ naît. Gaëlle a choisi sans trop de difficultés de devenir une femme. Flo hésite. Matt quant à lui, sait qu'il veut devenir un homme. Jusqu'à ce qu'il apprenne qu'il est porteur d'un gêne déficient qui fait de lui un Porteur. Commence alors une quête intense qui lui fera découvrir des secrets insoupçonnés. Entre amour, trahison et manipulation gouvernementale, plongez dans le monde obsédant des Porteurs.

 

C. Kueva vous fait découvrir son livre:

 

On plante le décor, et ça commence comme ça...

 

Jordan : Il est 2h du matin et au moment où je vous écris, je viens de finir votre livre. C'était encore mieux que ce à quoi je m'attendais. Je dois vous dire que je suis profondément bouleversé et que j'aime énormément vos personnages. Donc je tiens déjà à vous féliciter pour ça.

 

La première question que je voulais vous poser est la suivante: Comment est venue l'idée d'une telle histoire ? Mettre de nombreux personnages hermaphrodites au cœur d'une intrigue c'est quelque chose d'assez rare !

Est-ce que c'est difficile à gérer sur le plan de l'intrigue, ou au contraire cela ne permettrait-il pas une liberté quasi infinie ?

 

C. Kueva: Merci Jordan, ravie qu'il vous ait plu, ça m'encourage pour le tome 2 que je suis en train d'écrire ! L'idée m'est venue lors d'un dîner entre amies. On se demandait si nos enfants avaient retardé notre carrière... En rentrant chez moi, je me suis demandée: Si j'avais eu le choix, est-ce que j'aurais préféré être un homme? Et c'est pour mieux y réfléchir que j'ai décidé d'écrire ce roman !

 

Jordan : Étonnant ! Je ne m'attendais pas à ça ! Et du coup, vous avez un début de réponse ?

 

C. Kueva: Pas le moins du monde ! -rire- Par contre je continue d'explorer les conséquences et c'est vraiment très intéressant. En fait c'est surtout la partie privatisation du vivant qui me mobilise. Ce sont des questions éthiques très complexes. Je n'ai pas de réponses claires, mais j'aime observer ce que ces modifications produisent dans la vie quotidienne des gens. C'est ça qu'explorent mes personnages. Je ne sais pas si vous connaissez Black Mirror, mais c'est ce genre de choses qui m'inspirent.

 

Jordan : Si, je la commence à peine justement. Et c'est vrai qu'elle soulève des questions d'actualités !

 

C. Kueva: Ce qui me plaît dans cette série, c'est que la technologie n'est pas directement le sujet. Elle est présente dans la vie quotidienne et modifie les relations humaines. Ça je trouve que c'est un angle vraiment intéressant.

 

Jordan: C'est certain ! Et c'est exactement ce que j'ai ressenti en lisant ce livre, car même si la société dans laquelle l'intrigue se passe est basée sur un système scientifique, et apparemment plus que réfléchi, ce qui semble être le plus important, c'est le rapport qu'entretiennent les individus entre eux, suis-je dans le bon?

 

C. Kueva: Bravo c'est exactement ça !

 

Jordan: Ah ah ah ! Alors je suis content d'avoir perçu le message que vous désirez transmettre ! Encore une preuve que le livre est très bien écrit ! Du coup, c'est parfait car ça amorce une autre question que je me suis posée.
En lisant ce livre, j'ai été agréablement surpris par la nature féministe, et dans une plus large mesure humaniste, qui semble se dégager de l'histoire. Malgré le fait que ce soit quand même une dystopie mettant en avant une "hyper-médicalisation" de la société et un contrôle accru du libre arbitre, j'ai l'impression que le message que vous tentez de faire passer est plutôt de garder foi en l'être humain et en son potentiel ? Est-ce que je vais trop loin dans l'interprétation ? -rire-

 

C. Kueva : -rire- C'est un peu plus tordu que ça mais je ne peux pas trop en parler sans spoiler la suite !

 

Jordan : Ah ah, je comprends.

 

C. Kueva : Disons plutôt que mes personnages font ce qu'ils peuvent dans le contexte qui est le leur. Mais du coup ce n'est pas toujours simple de démêler ce qui est "juste" et "humaniste" de ce qui ne l'est pas. Et encore moins simple, si on parvient à le démêler, de réussir à l'appliquer.

J'aime bien l'idée de présenter des personnages comme "méchants" et de faire découvrir ensuite la raison derrière leur comportement, et du coup de les montrer, au contraire, comme étant courageux. Et inversement ! Les "gentils" n'apparaissent pas si angéliques que ça.

 

Jordan : Cela ne pourrait être plus vrai ! Dans la mesure de ce que vous pouvez partager bien évidemment, est-ce que ça veut dire que l'on peut s'attendre à des dilemmes éthiques ET humains ?

 

C. Kueva : Carrément, oui !

 

Jordan : C'est génial, j'ai encore plus hâte de découvrir la suite alors !

 

C. Kueva : En fait, chaque tome construit une vision de la réalité différente, et toutes sont "vraies" et "recevables" humainement. Par contre, elles s'opposent, une réalité complexe, comme la vie réelle en somme.

 

Jordan : Oui, à l'image du regard que chacun pose sur les événements ?

 

C. Kueva : Voilà.

 

Jordan : C'est d'un réalisme étonnant ! J'ai particulièrement apprécié la manière avec laquelle vous abordez les questions de genre et d'identité, que ce soit au travers de l'opposition homme/femme ou même sur les questions de sexualité, c'était important pour vous ?

 

C. Kueva : C'était important de laisser place à la diversité. Gaëlle est claire sur ses choix. Matt n'est pas si défini qu'il le croyait. Flo n'a pas de réponses. C'est d'ailleurs le personnage qui a les parents les plus "néo-égalitaires". En fait je me suis demandée comment ça se passerait si on n'était plus conditionné par notre comportement enfant. La réponse que j'ai trouvée est : ça ne changerait pas grand chose, car on se construirait quand même par rapport aux modèles adultes.

 

Jordan : Exactement ! C'est l'impression que j'ai eu lors de la lecture, comme si on avait ce besoin viscéral de se rattacher à un modèle.

 

C. Kueva : La différence aussi c'est qu'il y aurait moins de questions d'identité et de transgenre je pense. Car on pourrait déterminer son anatomie en fonction de son ressenti psychologique. Mais c'est pas tout à fait vrai quand même vous le découvrirez dans le tome 2. Disons que ça déplace les questions mais que finalement elles sont toujours les mêmes que celles d'aujourd'hui.

 

Jordan : -rire- Tellement de mystères à élucider ! Mon âme de lecteur/explorateur s'agite !

 

C. Kueva: -rire-

 

Jordan : Des modèles en termes de littératures ou des œuvres qui vous ont construites? Je sais que je fais parti de la génération d'Harry Potter, et que ça a été pour moi d'une importance capitale !

 

C. Kueva : Oulah ! C'est vaste de mon côté, disons qu'en SF je place les Chroniques Martiennes de Ray Bradbury très haut dans mon cœur, justement toujours parce qu'il traite de l'humain plus que de la technologie. Sinon il faudrait que je réfléchisse, car là tout de suite je suis prise un peu de court -rire-.

 

Jordan: Pas de problèmes !

 

C. Kueva : Je pense à Philip Pullman. Les royaumes du Nord est également une grande référence.

 

Jordan : C'est drôle car j'ai justement écrit un article hier sur "Le Projet Starpoint" de Marie-Lorna Vaconsin, qui affichaît un goût prononcé pour cet auteur. Saga que j'ai moi-même particulièrement adorée !

 

C. Kueva : Ah ! Il faudra que j'aille voir alors ! Sinon je pense à Damasio à lire absolument avec La Horde du Contrevent qui est un chef d'oeuvre !

 

Jordan : Je prends les références en note, et je vous fais confiance, ça me fait plaisir de découvrir des œuvres que je ne connais pas !

 

La question de la fin: Si vous deviez résumer les porteurs en une phrase, pour donner envie aux lecteurs de The Sight de foncer acheter le livre, ce serait quoi ? Je sais que ce n'est pas la question la plus simple !

 

C. Kueva : Un roman qui explore les risques d'un Monsanto de la reproduction ! Mais peut-être que cela révèle un peu l'histoire je ne sais pas trop, qu'en dites-vous?

 

Jordan : Vous parlez du géant de la biochimie, c'est ça ?

 

C. Kueva : Oui, c'est bien eux, ils déposent des brevets sur les graines ou les semences très exactement, c'est ultra flippant !

 

Note: Après m'être renseigné sur le sujet grâce aux précieux conseils de l'auteur, il est vrai que c'est très inquiétant.

 

Jordan : En tout cas je vous remercie énormément pour cet échange, c'était très instructif, et j'ai tout simplement adoré discuter des "Porteurs" avec vous. Je vais écrire mon article et faire de mon mieux pour faire honneur à cette superbe histoire.

 

C. Kueva : Merci beaucoup à vous pour votre intérêt, je le lirai avec plaisir !

 

Jordan: Et j'ai vraiment hâte de savoir ce que vous nous réservez pour la suite ! Je vous souhaite bonne chance, et bonne écriture !

 

C. Kueva : Et bravo pour The Sight, c'est un très beau projet.

 

Jordan : Cela me va droit au cœur, l'équipe et moi-même nous nous donnons à fond en tout cas ! Merci beaucoup.

 

 

 

 

 

 

Et c'est vrai qu'on se donne à fond. Mais quand on arrive à avoir des échanges tels que celui-ci, on se dit que ce n'est pas pour rien car on fait de très belles rencontres. Si cette interview n'a pas suffit à vous convaincre du talent rare que possède C. Kueva pour créer un univers ainsi que de sa gentillesse, il vous suffit de me croire sur parole. Vous ne serez pas déçus !

 

Encore une fois un très grand merci à C. Kueva et aux éditions Thierry Magnier, et à très vite sur The Sight.

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Pourquoi "The Sight"?

#1 

Avoir la vue, ou "The Sight", c'est voir la vie avec un regard peu ordinaire...
 

#2

Avoir la vue, c'est accepter de ne pas penser comme tout le monde...

 

#3

Avoir la vue, c'est tout simplement voir au delà des apparences...

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